Samedi 3 janvier 2009
Les OpenSaS sont des rencontres musicales autour du jeu improvisé. L'expérience des "boeufs" nous donne envie de
préciser ce que nous entendons pour que ces rencontres soient les plus intéressantes possible.
Dans une formation musicale, chacun occupe une position et joue un rôle différents. Un chanteur sera animé par le mouvement et l'énergie que donnent les musiciens, un batteur par la tenue de la danse, un clavier ou un guitariste par les harmonies et les équilibres rythmiques, etc., mais tous sont au fond sensibles à ce qu'on appelle le fameux "son", qui est un ensemble faisant plus que la somme des individualités.
Dans une formation musicale, chacun occupe une position et joue un rôle différents. Un chanteur sera animé par le mouvement et l'énergie que donnent les musiciens, un batteur par la tenue de la danse, un clavier ou un guitariste par les harmonies et les équilibres rythmiques, etc., mais tous sont au fond sensibles à ce qu'on appelle le fameux "son", qui est un ensemble faisant plus que la somme des individualités.
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L'improvisation connait bien des dangers. D'abord, et tous les musiciens de "boeuf" le savent bien, la condamnation du processus de création lorsque celle-ci ne dépasse pas le cadre strictement individuel : engagement trop égocentrique dans la couleur et la pulsation, ou tout simplement impatience des idées et envies personnelles. Pour que l'acte collectif, fragile, soit perceptible, il est nécessaire qu'il ne soit pas écrasé. Inutile donc de faire mention des musiciens qui cherchent juste une forme de reconnaissance - tout le monde comprend, et en premier lieu ceux qui viennent pour écouter, la stérilité de cette attitude. Cela signifie, et par ordre de priorité, savoir prendre son temps, avoir envie de comprendre avant d'explorer sans précaution les idées des autres, savoir jouer avec le silence, savoir aménager l'espace, et savoir faire signe. Les signes (musicaux - changement rythmique, changement harmonique, changement mélodique, nuance, modification de l'espace sonore, ...) sont souvent précipités, malheureusement, dans les "boeufs", pour la simple raison qu'ils ne peuvent être compris, physiquement, s'ils ne s'intègrent dans une démarche d'écoute complète. Un signe n'est pas quelque chose qui propose de prendre, mais de donner. Une improvisation est un acte de générosité.
Un deuxième danger est celui d'une modestie mal placée. Car il ne s'agit pas de croire que l'on n'est pas assez technique pour jouer avec d'autres, mais d'être convaincu que le meilleur instrument est une oreille attentive doublée d'une véritable conscience de la fragilité de la création spontanée. L'improvisation la plus difficile et la plus exigeante est celle qui se fait sur une seule note - la technicité aurait le défaut de le faire oublier. Chaque improvisation est un chaleureux défi posé à la sensibilité.
Un troisième danger est de croire que l'énergie suffit à la musique. La musique possède certainement une énergie, mais pour que cette énergie ait un sens, il faut d'abord qu'il y ait de la musique, qu'il y ait construction, cheminement, tension, nuance. Le son est relatif au silence : dégommer n'a de sens que si l'on est capable de se taire. Cette Lapalissade n'est pourtant pas, concrètement, si évidente qu'il parait lorsque des musiciens décident de jouer ensemble. La respiration de la musique, son mouvement, est liée à un jeu autour de l'énergie - pas celle des musiciens pris individuellement, mais celle qui leur donne l'évidence de leurs gestes.
Pour faire bref, remarquons que les obstacles que connait l'improvisation sont dus au fait que la somme des individualités ne parvient pas à ce tout qui est plus que cette somme, et ceci pour les raisons évoquées. Il s'en suit généralement une surenchère sonore pour faire passer à tout prix, de la frustration devant le fait que cela ne fonctionne évidemment pas, frustration générant à son tour une nouvelle surenchère.
Nous tenons à construire de la qualité autour des OpenSaS, tout en maintenant l'esprit d'ouverture, également nécessaire à cette qualité.